Cette remarquable figure masculine en alliage cuivreux, attribuée à l’aire du Delta intérieur du Niger au Mali, possède une présence sculpturale saisissante. Debout dans une frontalité hiératique, elle développe une silhouette extraordinairement étirée, presque architecturale, dont la radicalité formelle évoque irrésistiblement, pour un regard occidental contemporain, certaines recherches de la sculpture moderne et notamment les figures filiformes d’Alberto Giacometti.
Cette comparaison reste naturellement esthétique et non historique : elle souligne surtout l’étonnante modernité formelle de l’œuvre.
Le corps est construit autour d’un puissant axe vertical. Les jambes longues et légèrement écartées soutiennent un torse démesurément allongé, tandis que les bras filiformes descendent parallèlement jusqu’au bassin et encadrent le corps comme deux lignes continues. Cette économie des volumes, associée à l’extrême élongation des membres, confère à la figure une monumentalité qui dépasse largement ses dimensions réelles.
Le visage possède une personnalité tout aussi remarquable : tête légèrement projetée, nez puissant, yeux profondément dessinés, oreilles saillantes et bouche accentuée. Le menton est prolongé par une importante barbe circulaire, véritable ponctuation sculpturale qui renforce le statut masculin du personnage.
La surface mérite une observation attentive. Le corps est couvert de nombreux motifs incisés et de détails ornementaux : bracelets aux bras, parures corporelles, motifs géométriques, scarifications et décor complexe du torse et de l’abdomen. Cette richesse graphique contraste subtilement avec l’extrême dépouillement de la silhouette.
L’alliage cuivreux présente une superbe surface ancienne, sombre et nuancée, ponctuée par endroits d’oxydations vertes caractéristiques. Dans les traditions métallurgiques du Mali, les œuvres en cuivre et alliages cuivreux témoignent d’une histoire ancienne, nourrie notamment par les réseaux commerciaux transsahariens. Des sculptures métalliques Dogon présentent par ailleurs des liens stylistiques avec les traditions du Djenné et du Delta intérieur du Niger. The Metropolitan Museum of Art
Mais la dimension exceptionnelle de cette œuvre réside également dans son pedigree.
Elle est passée par la collection d’Émile M. Deletaille (1929–2021), grande figure bruxelloise des arts d’Afrique, puis par celle de Merton D. Simpson (1928–2013), célèbre marchand et collectionneur new-yorkais associé à certaines œuvres majeures de l’art africain. Des sculptures Dogon provenant de ces collections apparaissent encore dans les catalogues du marché international : Sotheby’s documente par exemple une figure Dogon passée par Merton D. Simpson, tandis qu’une autre sculpture Dogon est documentée avec une provenance Émile et Lin Deletaille.
Cette succession de provenances – Émile Deletaille, Merton D. Simpson puis Bob Berete – replace l’œuvre dans l’histoire exigeante du collectionnisme et du marché international des arts africains.
Par son extraordinaire verticalité, la sophistication de son décor, sa surface ancienne et surtout la qualité de sa provenance, cette figure constitue une œuvre particulièrement singulière de la statuaire métallique du Mali. Une sculpture dont l’étonnante modernité permet un dialogue fascinant entre les arts anciens d’Afrique de l’Ouest et les grandes recherches formelles de la sculpture du XXe siècle.
Fiche technique
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Cette remarquable figure masculine en alliage cuivreux, attribuée à l’aire du Delta intérieur du Niger au Mali, possède une présence sculpturale saisissante. Debout dans une frontalité hiératique, elle développe une silhouette extraordinairement étirée, presque architecturale, dont la radicalité formelle évoque irrésistiblement, pour un regard occidental contemporain, certaines recherches de la sculpture moderne et notamment les figures filiformes d’Alberto Giacometti.
Cette comparaison reste naturellement esthétique et non historique : elle souligne surtout l’étonnante modernité formelle de l’œuvre.
Le corps est construit autour d’un puissant axe vertical. Les jambes longues et légèrement écartées soutiennent un torse démesurément allongé, tandis que les bras filiformes descendent parallèlement jusqu’au bassin et encadrent le corps comme deux lignes continues. Cette économie des volumes, associée à l’extrême élongation des membres, confère à la figure une monumentalité qui dépasse largement ses dimensions réelles.
Le visage possède une personnalité tout aussi remarquable : tête légèrement projetée, nez puissant, yeux profondément dessinés, oreilles saillantes et bouche accentuée. Le menton est prolongé par une importante barbe circulaire, véritable ponctuation sculpturale qui renforce le statut masculin du personnage.
La surface mérite une observation attentive. Le corps est couvert de nombreux motifs incisés et de détails ornementaux : bracelets aux bras, parures corporelles, motifs géométriques, scarifications et décor complexe du torse et de l’abdomen. Cette richesse graphique contraste subtilement avec l’extrême dépouillement de la silhouette.
L’alliage cuivreux présente une superbe surface ancienne, sombre et nuancée, ponctuée par endroits d’oxydations vertes caractéristiques. Dans les traditions métallurgiques du Mali, les œuvres en cuivre et alliages cuivreux témoignent d’une histoire ancienne, nourrie notamment par les réseaux commerciaux transsahariens. Des sculptures métalliques Dogon présentent par ailleurs des liens stylistiques avec les traditions du Djenné et du Delta intérieur du Niger. The Metropolitan Museum of Art
Mais la dimension exceptionnelle de cette œuvre réside également dans son pedigree.
Elle est passée par la collection d’Émile M. Deletaille (1929–2021), grande figure bruxelloise des arts d’Afrique, puis par celle de Merton D. Simpson (1928–2013), célèbre marchand et collectionneur new-yorkais associé à certaines œuvres majeures de l’art africain. Des sculptures Dogon provenant de ces collections apparaissent encore dans les catalogues du marché international : Sotheby’s documente par exemple une figure Dogon passée par Merton D. Simpson, tandis qu’une autre sculpture Dogon est documentée avec une provenance Émile et Lin Deletaille.
Cette succession de provenances – Émile Deletaille, Merton D. Simpson puis Bob Berete – replace l’œuvre dans l’histoire exigeante du collectionnisme et du marché international des arts africains.
Par son extraordinaire verticalité, la sophistication de son décor, sa surface ancienne et surtout la qualité de sa provenance, cette figure constitue une œuvre particulièrement singulière de la statuaire métallique du Mali. Une sculpture dont l’étonnante modernité permet un dialogue fascinant entre les arts anciens d’Afrique de l’Ouest et les grandes recherches formelles de la sculpture du XXe siècle.